Takfarinas mp3
Quatrième maillon d’une famille d’artistes après son grand-père, son père et son frère ainé, Takfarinas fait
son premier passage à la radio dans une émission de jeunes talents en 1976. Depuis lors, il a enregistré
18 albums. Après une absence de six ans, la sortie très attendue du double album Lwaldine-Imawlane
(« Hymne aux parents ») vient célébrer de manière novatrice 30 années de carrière.
Takfarinas est héritier de la musique traditionnelle kabyle et chaâbi. Mais pour forger son style, il a aussi
puisé dans la musique occidentale et orientale. Attaché à ces diverses influences et à leur métissage, dans
sa recherche artistique, Takfarinas tient à valoriser la beauté de la tradition en la mêlant à des esthétiques
modernes. Son premier disque, Yebb°a rreman (« Grenade mûre »), arrangé et réalisé par Arezki Baroudi,
paraît en 1979. Takfarinas intègre ensuite le groupe Agraw avec lequel il enregistre deux oeuvres (en 1981
et 1983), tout en poursuivant une carrière en solo. Après son album Aadmen-ten
(« Les Torturés ») sortie en 1981, en 1983 il connaît un grand succès avec le disque Ay Aassas n Zher-iw
(« Gardien de mon destin »), réalisé par lui et arrangé par Arezki Baroudi. En 1984, Agraw se sépare et
Takfarinas prend son destin en main.
Deux années après (1986), en partie sous la direction du célèbre chef d’orchestre et arrangeur Jean Claudric,
il enregistre un double album qui va bouleverser sa vie d’artiste : Way telha (« Qu’elle est belle) et Arrac
(« La Jeunesse ») connaissent un succès phénoménal à travers toute l’Afrique du Nord. Des millions
d’exemplaires sont vendus. Désormais, ce sont les stades qui reçoivent ses fans. L’Europe, puis les autres
continents ouvrent leurs portes à ce véritable show man. À cette époque, dans le monde artistique nordafricain,
les concerts spectaculaires de Takfarinas sont une première. Le jeune artiste est porteur d’un
message compris par les jeunes du monde entier. L’exil, la solitude, l’amour, la femme, l’espoir, la morale,
la magie de l’art et la défense des peuples opprimés (symbolisé par la cause amazighe) : tels sont
quelques-uns des thèmes traités dans ses chansons. Le kabyle, sa langue maternelle, devient langue
universelle.
Au plan musical, Takfarinas portera une attention particulière au travail vocal. Par ailleurs, il va innover
en transformant le « mandole », inventé dans les années 30 à Alger par un luthier italien, Belido et par
le maître du chaâbi, Lh’adj El-Anqa.
En 1988, Takfarinas va adjoindre à cet instrument un deuxième manche grâce au travail du luthier algérois
Rachid Chaffaa. Le premier manche est utilisé pour les sonorités les plus graves et le second pour
les sonorités aiguës et douces. C’est avec cet instrument que, en 1989, une nouvelle fois avec la précieuse
collaboration de Jean Claudric, il réalise le double album Innid ih (« Dis-moi oui ») et Irgazen
(« Les Hommes »). Cet album sera réédité sous le titre Salamat (« Paix »). En 1998, à Marseille,
avec le luthier Madjid Lah’lou, il fera de son mandole un instrument électroacoustique qui lui permet d’en
saturer le son.
En 1990, il sort un disque live de prestation à l’Olympia. En 1993, avec la complicité de Hamid Belhocine,
tromboniste de Kassav’, il enregistre l’album Romane (« La Grenade »). C’est dans cette période que, après
avoir consulté de nombreux artistes, il baptise la musique kabyle du nom de « Yal ». La racine de ce mot
se prête à plusieurs interprétations. C’est d’abord une interjection (utilisée par tous les chanteurs et
chanteuses) qui fait « swinger » la mélodie et le rythme ; « yal » a aussi le sens de « chaque » ;
« yal » est la racine pour indiquer ce qui est (« yella »), et la propriété (« ayla »); « yellal » est en
relation avec la naissance, etc. Pour Takfarinas, ce mot est le plus à même de rassembler la diversité de
la musque kabyle. Et le « Yal », c’est son identité qui devient un leitmotiv pour poursuivre ses recherches.
En 1996, paraît Salamet (Paix), réalisé par Takfarinas et arrangé par Farid Awameur et Takfarinas.
En 1999, réalisé par ces deux derniers et arrangé par le seul Farid Awameur, lui succède Yal dont
l’exploitation est notamment marquée par le succès du single « Zaama zaama ». Le chanteur est alors
invité en Afrique du Sud pour les koras (équivalent des « victoires de la musique » ou des « awards »)
le 4 septembre 2000. Cet événement lui offre l’occasion inattendue et le privilège de rencontrer Michael
Jackson et Nelson Mandela qui lui remettent un trophée.
En 2002, il sort Quartier Tixraine, beau disque dans lequel il reprend quelques-uns de ses grands succès.
Enfin en 2005, il fait paraître Thajmilthe i thlawine (« Honneur aux dames »), réalisé par Takfarinas et
arrangé par Kamel Sahnoun et Takfarinas. Il fait appel à plusieurs collaborateurs internationaux.
Parmi les prestations remarquables, notons celle du grand guitariste et cofondateur de Trust, Norbert Krief
dit « Nono » et la participation exceptionnelle de Sly Dunbar de Sly and Robbie, duo marquant de l’histoire
du reggae. Porté par son esprit de recherche, Takfarinas travaille sans relâche et prend tout son temps.
Les obstacles nés des bouleversements technologiques, des téléchargements et de la chute des ventes qui
y est liée vont, paradoxalement, lui ouvrir une nouvelle voie. N’ayant plus à accepter certaines contraintes
de l’industrie du disque, Tak n’obéit plus qu’à une seule autorité : celle l’amour de l’art. Ce qui, cinq ans
après Tajmilthe i thlawine (« Honneur aux dames ») va le conduire à nous offrir l’enregistrement de
Lwaldine-Imawlane (« Hymne aux parents ») qui est pour lui l’expression d’une nouvelle liberté artistique.
Cet album se présente avant tout comme un hommage au chaabi, même s’il est, par ailleurs, destiné à
égayer les jeunes. Il multiplie les thèmes, comme celui, dans un style narratif, de la nostalgie avec
« Idhelli-kan » (« Hier encore »).
Dans ce genre propre à lui, le Yal, l’artiste poursuit cette exploration avec « Leknouz » (« Hier encore »),
composé dans le mode si cher à Camille Saint-Saens, le « zidane », et, ici, sur le rythme dit « Bourdjila ».
Puisant dans la morale, « Oulache wine » (« Sans égal ») se présente comme une leçon de vie, un appel
à l’humilité devant les mystères de la vie et la vastité du monde et de l’univers.
Le drame de l’exil est évoqué dans « Lwekhda » (« Le Malheur »), exploré sur le mode andalou appelé
« sika ». « Laâslama » (« Bienvenue ») est enchaînée avec « Ghiwel » (« Vite »), sur un rythme goubah’i
qu’il enchaîne avec le « beraouli ». Nous y remarquons une sonorité agréable avec l’introduction des
cuivres. S’en dégage une harmonie totale entre poésie et musique. Remarquable aussi, une chanson en deux
versions : « Lwaldine » (« Hymne aux parents »).
Une première version avec orchestre où le rythme « Goubah’i » du chaabi est omniprésent. Seulement,
le « Goubah’i » de Tak n’est pas saccadé comme celui du chaabi. Il est plutôt nuancé. Pour échapper à
la monotonie, les phrases musicales sont longues. Ce qui permet au souffle du chanteur de soutenir une
présence vocale absolument unique. Il ne fait pas de doute qu’El hadj El Anqa, le maître du chaabi, aurait
été fier d’un héritier tel que Takfarinas.
Dans la seconde version, épurée, la voix n’est accompagnée que par le mandole et la derbouka. Ce qui
permet de mettre en valeur le travail fait sur l’un et l’autre. En effet, Tantôt rugissant comme un lion pour
marquer sa présence, tantôt déambulant en escaliers, le chant du mandole et son jeu exceptionnel envoûtent
l’auditeur. Rythmiquement, les chansons plus légères ne sont pas moins belles. Les thèmes développés
et les instruments utilisés sont réellement adaptés les uns aux autres. Le thème d’actualité concernant
« les harraga » est traité autrement. Takfarinas intitule cette chanson « Assirem » (L’espoir) : l’espoir
de voir cette jeunesse utiliser son potentiel pour éviter l’humiliation et la honte vécues à l’étranger.
La chanson d’amour « Fella-m » (« Pour toi ») est remarquable à plusieurs titres. D’une part, partant
du rythme « r’wah’ d ttughaline » (« le va et viens »), Tak fait groover celui-ci de trois façons dans
la même chanson (entre le refrain, le couplet et le thème). L’orchestration ne manquera pas de faire
une forte impression. En effet, l’artiste associe le kawalagh (flûte turque), le nay (flûte), le son du bouzouki
ici produit par le mandole (sonorité aigue-grave jouée sur la même corde doublée), les violons du Maroc
aux sons de cuivres arrangés en s’inspirant du travail de Michael Jackson et Quincy Jones. D’autre part,
cas rare dans notre musique, l’istikhbar (prélude) de cette chanson se compose de deux mots sur lesquels,
éploré, il chante son amour durant 2 minutes et 41 secondes, jusqu’à la transe. On ne peut négliger dans
cet exposé la chanson « Imazighene » (« Les Hommes libres ») : Qui pourra renier les siens ? Qui pourra
renier ses origines ? L’auteur d’un acte sacrilège seul le ferait. Fort de sa foi en Dieu, Tak appelle à la
reconnaissance de son identité. La musique utilisée en est un prolongement et un témoin. L’introduction de
la chanson est marquée par le balafon africain, soutenu par un pentatonique gnaoui (c’est-à-dire un rythme
6/8), une mélodie également gnaoui, swinguée par un violon amazighe marocain, avec un pont musical en
cuivres dans le style algérois. C’est au mandole qu’il revient de faire le lien entre les inspirations diverses
qui composent la chanson.
La surprise de l’album reste l’interprétation d’un grand succès de Jacques Brel, et classique de la chanson
francophone, « Ne me quitte pas ». Il est à parier que le grand chanteur belge n’aurait pas trouvé assez
de mots pour louer l’interprétation de Tak. Pour nous, elle est simplement sublime. Concernant la ligne
mélodique de la chanson, Tak apporte de nouvelles sonorités, celles du Yal. Ah ! Si seulement Brel pouvait
les écouter !
Enfin, « Incha-allah », (« Si Dieu le veut »), la chanson qui clôt l’album, est non seulement la reconnaissance
de la force divine mais c’est aussi un hymne à l’amour du public, et un chant d’espoir.
À notre humble avis, cet album est la somme de la longue expérience artistique de Takfarinas. Les thèmes
développés sont aussi variés que riches. Ces oeuvres de la plénitude montrent un Takfarinas au sommet de
ses capacités. Son talent, son sérieux et sa témérité ont donné naissance à un album où la recherche n’est
pas négligée et où les orchestrations sont subtiles. Si ce disque est le résultat de trente ans de travail,
toutefois, il est clair que Takfarinas n’est qu’au début d’une nouvelle étape de son parcours.
Nasr-eddine BEGHDADI
Directeur des Archives de la Radio Algérienne
Musicologue et membre de l’Académie arabe de musique
La sélection d'albums du chanteur kabyle Takfarinas est évalué à 3.5/5 étoiles basées sur un nombre de 4882 évaluations de kabyle 2012 et 2013.
Takfarinas est un chanteur algérien kabyle, retrouvez toutes les chansons et mp3 de Takfarinas 2013. D'ailleurs, vous pourrez bientôt retrouver des photos de Takfarinas, vidéos, paroles de chansons et mp3 à télécharger.
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